La P.C.A.M. 200 jours plus tard
Le dimanche 27 Juin 2010, en plein Tournoi International, vingt-cinq présidents de clubs marocains et quelques observateurs étrangers se réunissent dans une salle de l’hôtel Kenzi Farah à Marrakech.
L’ordre du jour avait été établi quelques semaines plus tôt: la création de la Professional Chess Association of Morocco. Cette idée, bien que n’étant sans rappeler la PCA de Garri Kasparov dans les années 90, se voulait elle constructive et dépassionnée.
La Fédération Marocaine fut en effet récemment (2007) suspendue par la FIDE deux années tandis que son ex-président Monsieur Moustapha Amazzal le fut trois ans pour falsifications de normes d’arbitrage. Cette sanction entraina un chaos auquel il fallait bientôt ajouter une absence de classement ELO pour tous les Marocains trois années durant.
Le Tournoi International de Marrakech semble alors tomber de nulle part et beaucoup n’y croiront qu’une fois sur les lieux… Il nous sembla par conséquent indispensable de profiter de l’occasion pour que l’espoir d’un redémarrage puisse naître dans les esprits.
Je souhaitais personnellement rencontrer différents clubs d’échecs marocains s’agissant de l’utilité concrète d’une association, ce qui amena aux constats suivantes :
- Manque de moyens financiers pour l’organisation d’événements type tournois
- Manque cruel de matériel de jeu (introuvable)
- Manque de formation pour la gestion des clubs
- Univers échiquéen très conflictuel
Mon sentiment premier fut sans aucun doute celui d’une grande tristesse pour le pays. Quelques années plus tôt, notre sélection nationale dominait outrageusement l’Afrique grâce notamment à notre champion national le GM Hicham Hamdouchi. Ce dernier, pour couronner le tout, dut partir malgré lui jouer pour l’équipe de France ne pouvant plus, par défaut de ELO, exercer son métier.
La deuxième impression, sans doute plus difficile encore, est dégagée par les présidents de clubs: une désillusion amère. Si les jeunes présidents de clubs manifestaient encore quelque enthousiasme, les plus anciens ne demandaient qu’à croire au changement, mais sans grande conviction.

La dernière de mes impressions fut elle plus rassurante. Elle concernait les moyens pour parvenir à une inversion radicale de tendance. Je n’ai volontairement pas évoqué le biais par lequel je pensais agir, ni même la forme juridique que cette « association » allait prendre. Tout juste allais-je surprendre en précisant que les clubs n’y étaient pas admis. La PCAM, ne pouvait ni se substituer à la Fédération, ni à quelque organe officiel. Au contraire, elle devrait pouvoir indifféremment aider un joueur, un club, une ligue, la Fédération voire le Ministère de la Jeunesse et Sports. Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, elle allait faire les cinq à la fois.
Les échecs sont libres de droits !
Cela paraîtra sans doute évident pour le lecteur, mais à force de tracas administratifs, nombre de Présidents de Clubs et d’organisateurs de tournois ont baissé les bras persuadés que sans l’aval d’une fédération, point d’échecs.
Reprenons donc les choses depuis leur départ, les échecs sont une discipline libre vendue en grande surface. Ce faisant, il n’y a aucune autorisation à recevoir ni d’un ministère, ni d’une fédération ou d’un club, ni des autorités locales pour jouer amicalement une partie.
Décidez-donc d’organiser un tournoi de quartier, de la ville, voire plus. Avertissez cette fois les autorités locales, puisqu’il y a rassemblement, puis étalez vos échiquiers vos pendules et jouez !
Ce postulat de départ avait pour but de décomplexer les volontés, de remettre chaque organe à sa place et ce faisant, rétablir déjà une structuration adaptée.
La professional Chess Association of Morocco peut se comprendre de trois façons:
- Une association d’acteurs professionnels des échecs (joueurs, organisateurs pro…)
- Une association pour la professionnalisation des échecs (amélioration des standards d’organisation etc.)
- Une association de professionnels (Professions libérales, Chefs d’entreprises et cadres passionnés souhaitant soutenir les échecs au Maroc)
Une question de fond s’est posée toutefois: quel type d’association, où la déclarer, qui y mettre, n’y a t-il pas un risque de conflits liés à la gestion de fonds etc. Une décision discrète mais radicale sera alors prise quelques semaines après la réunion du 27 Juin 2010: la PCAM resterait le slogan d’un engagement moral et seulement un slogan !
De facto, tout nouveau « membre » de la PCAM souhaitant contribuer aux échecs le ferait directement, vers le joueur, le club ou l’organe fédéral bénéficiaire, sans intermédiaire aucun.
Notre rôle est la promotion du Maroc et des échecs, nul besoin d’une énième structure, juste la signature d’un engagement moral et des hommes de bonne foi.
Vous n’imaginez pas le temps que nous avons gagné à ne rien formaliser !
La feuille de route PCAM
Forts de cette structure « ultralégère » et d’une page quasi blanche nous pouvions commencer à structurer notre plan. La première étape consista à connaitre les principaux acteurs et rédacteurs des échecs au Maroc sans la moindre idée préconçue, la seconde à constituer une équipe technique immédiatement et totalement disponible, la troisième, dessiner un modèle économique, ou plus pompeusement un « business model ».
Ma collaboration avec la revue Europe-échecs (numéros de Septembre, Octobre et Novembre 2010) s’agissant d’enquêter sur les échecs en France allait beaucoup m’aider à enrichir le plan de route global.
Une fois de plus, je n’ai rien d’exceptionnel à annoncer quant à son contenu, sinon que j’essaierais au maximum d’éviter une dépendance à moyen terme vis à vis du sponsoring et des donations. Cela passerait donc par trois niveaux d’intervention simultanés :
- Vulgarisation massive du jeu dans les écoles et maisons de jeunes
- Création, formation et accompagnement de clubs
- Professionnalisation de joueurs
La raison pour laquelle ces étapes sont simultanés tient au fait que si vous souhaitez amener de l’eau d’un bout à l’autre d’un tuyau (de l’amateur au professionnel, du petit club de café au club international, d’une nation secondaire à l’élite mondiale), celui-ci doit être d’un égal diamètre tout du long. Autrement dit, à chaque campagne de vulgarisation, la structure « club » doit être prête, les formateurs, les compétitions locales, régionales puis nationales etc…
Par ailleurs, nous ne pouvions sacrifier l’existant au motif que nous repartions à zéro sous peine d’être peu crédibles dépourvus d’historique et de « background ». Les clubs (cadres, joueurs, présidents et arbitres) qui ont fait notre Histoire sont sacrés et le symbole de continuité qu’ils véhiculent est précieux!
Tout en réfléchissant à la forme que pourrait revêtir une vulgarisation massive, nous nous sommes adressés d’abord à la Fédération Royale Marocaine des Echecs, commençant donc le circuit de l’eau par la fin.
Je signai personnellement un contrat de sponsoring avec la FRME en Septembre 2010 afin de pouvoir réaliser « dans de bonnes conditions » les objectifs suivants:
- La troisième division Sud
- Stages d’entraineurs
- Stages d’arbitrage
Dans le même temps, nous avons soutenu Monsieur Saïd Arif (président du Ménara Echecs Club de Marrakech) pour l’élection de la Ligue du Sud. Un partenariat avec le Royal Echecs Club de Marrakech (seule équipe de Marrakech qui évolue en 1ère division) permit également de professionnaliser les contrats de joueurs avec deux talents prometteurs, Ali SEBBAR puis Mokhliss el Adnani. Ces deux Maîtres ont pour objectif clair l’obtention du précieux titre de Grand Maître International.
Ainsi, nous pouvions proposer le schéma suivant: Joueurs professionnels (Sebbar/El Adnani), Club d’élite (Royal), Ligue (Sud), Fédération; autant de référents et de réassurance pour les futurs talents.
Restait l’étape la plus sensible: la vulgarisation. L’idée d’un échiquier d’apprentissage cartonné allait apparaître en même temps que celle d’une production locale et massive d’échiquiers de compétition en plastique.
La campagne de distribution des échiquiers d’apprentissage est en marche, elle fait désormais la Une d’échec et Mat, la revue bimestrielle de la FFE. Nos échiquiers en plastic sont en phase de moulage. Ils seront eux aussi promis à être originaux (36 piéces).
Plusieurs clubs sont en cours ou ont été crées. il faut redimensionner la capacité d’accueil des futurs joueurs à proximité des lieux de distribution scolaire d’échiquiers.
Les amis de la PCAM (à l’étrangers)
Notre énergie, notre détermination n’a pas manqué d’impressionner ou plus simplement de plaire à bon nombre de légendes, d’acteurs indispensables de la vie échiquéenne mondiale. Qui peut dire aujourd’hui qu’une championne comme Polgar ne pourrait offrir à nos filles une simultanée rien que pour elles ? Qui pense encore que nous ne saurions accueillir 35 Grands Maîtres, La Fédération Française, Europe-Echecs ou que nous ne le méritions pas ?
Ces personnes, car il s’agit d’abord d’hommes et de femmes, savent reconnaitre le sérieux et la rigueur. Ils me l’ont dit et répété, d’Anatoly Karpov à Bachar Kouatly, de Jean-Claude Moingt à Jean-Michel Péchiné, de Hicham Hamdouchi à Judit Polgar: nous aimons ce que vous faîtes et sommes prêts à vous aider !
De fait, si notre modèle accéléré de développement fonctionne, il est reproductible universellement. Il n’est par conséquent pas surprenant que bon nombre d’observateurs étrangers soient attentifs à son évolution.
Conclusion
La PCAM passe à une autre étape: celle d’un soutien national. Les échiquiers d’apprentissage « Edition Nationale » sont en cours d’impression. Les représentants PCAM ont été désignés à Tanger, Chefchaouen, Taza, Oujda et Youssoufia et Agadir après visite sur place. Une prochaine série de visites est programmée pour continuer notre tour du pays.
Un feu d’artifice pour, comme l’écrit la revue « échec et mat », un Grand Maroc !
Incha Allah







19 janvier 2011 12 h 27 min
impressionnant et émouvant…
19 janvier 2011 22 h 28 min
Durant la réunion du 27 juin, j’avais dit que le succés échiquiéen à Marrakech culminé en beauté dans la tenue de la preière TIM avait son élan dans la réception de kasparov et Carlsen et l’organisation des simultanées à Saadi Gardens. Une année plus tard, du 09 Janvier 2010 au 16 Janvier 2011, l’activité échiquiéenne Nationale a rayonné à maintes reprises; et ce grace aux soutiens logistiques, philosophiques et financiers que les passionnés d’échecs Marocains ont trouvé dans monsieur Houari et dans son institution Callson. A ne pas oublier la mention d’un pivot redoutable de ces évènements qui s’étalent tout le long de cette année; c’est monsieur Merzougui, l’infatigable – disons l’homme à trois poumons (quote la presse Catalane sur camacho).
Nule ne peut ignorer l’apport quantitatif, mais surtout qualitatif que monsieur L. Houari ajoute au contexte sportif national. Le futur apparait beaucoup plus prometteur et les clubs nationaux sont appelés à mieux répondre à ce climat de travail pour faciliter un des objectif de la PCAM, en l’occurence la vulgarisation du jeu d’échecs.
16 mars 2011 20 h 00 min
bravo et Bonne continuation vous travailler sérieusement vous avez une stratégie de l’Expérience , les moyens et un bon groupe c’est tout ce qu’il faut .
je souhaite que vous publiez notre site sue le votre et merci d’avance :http://kenitra-echecs.e-monsite.com/
3 mai 2011 16 h 20 min
Je découvre tout juste ce nouveau site « Chess In Morocco ». C’est fabuleux ! J’en suis ému ! Bravo et longue vie à ce site.
Boujemâ Kariouch